Alfredo Benoît MOLET

 
 
 
 Immigration française en Argentine

María Eugenia Cauhépé

Après son indépendance, l'Argentine comme tant d'autres nouvelles nations américaines, conscientes de la faible densité démographique, de l'extension de leurs territoires et de leurs ressources, ont entamé de généreuses politiques d´immigration pour attirer des européens.

En 1853 Argentine publie sa première Constitution dont l´article 25 dit: "Le Gouvernement Fédéral favoriseral'immigration européenne; et il ne pourra pas restreindre,   limiter  ni   grever   avec   d´impôt   l´entrée  dans   le  territoire argentin  des étrangers qui ont pour but de travailler la terre, améliorer les industries et introduire et enseigner les sciences et les arts".

Grâce à l'hospitalité traditionnelle de l'Argentine, le “criollo” et les immigrants se métissent  avec facilité. Aujourd´hui, l´Argentine a une culture propre, vivante et autonome, respectieuse en se qui concerne les différentes cultures qu'elle inclut, mais qui, néanmoins, sont là.

La construction du chemin de fer a créé une importante source de travail pour les immigrés et a contribué l'économie du pays. Buenos Aires a été le principal bénéficiaire du nouveau développement économique. La ville a été européanisée dans ses goûts et dans ses façons. De ce flux migratoire, (environ neuf millions d’immigrés), seulement une partie (approximativement cinq millions) est restée dans le pays.

Le Français B. Vermer a introduit en 1879 les premiers bovins charolais en Argentine pour l'amélioration des races bovines qui jusqu'alors étaient limitées aux races  anglaises. La France était le premier pays à entamer avec l'Argentine le commerce de viandes congelées et à participer au développement de l'industrie du froid.

Les Français étaient architectes, ingénieurs, peintres, photographes, chanteurs, professeurs. "Pionniers d´Esquel, consacrés à la viticulture en Cuyo, à l'élevage de bétail en Pampa et en Azul, province de Buenos Aires, producteurs de sucre en Tucumán, mouliniers à Córdoba et à Santiago del Estero, producteurs du “yerba mate”[a] en Misiones. Agriculteurs en Entre Ríos et en Santa Fe (1). Alors, il n’est pas étonnant de les trouver parmi les propulseurs des initiatives qui ont contribué à la modernisation économique et culturelle de l'Argentine.

L´immigration Française était moins importante en volume que l´ immigration Espagnole ou Italienne, mais es Français qui sont arrivée en Argentine se distinguaient des autres nationalités par leurs qualifications professionnelles, leur degré d´instruction et leur capital pour investir dans le domaine de l'industrie. Les ouvriers français ont ainsi collaboré au développement des grandes industries.

Dans la période de plus grande immigration -entre 1857 et 1920, 220.000 Français sont arrivés en Argentine. Plus que la moitié est retourné en France à nouveau. Pour la plupart c’était des gens originaires des villes proches de Paris et des régions rurales du sud-ouest: le Pays Basque, le Béarn et l'Aveyron. Ils sortaient généralement par Bordeaux pour l'Amérique du Sud.

Les principaux nationalités qui sont arrivés en Argentine sont: Italians, Espagnols, Anglais, Allemands, Français , Arméniens, Russes, Polonais, Syriens Libanais, Suisses, Gallois et Français

De même, les immigrants français ont dynamisé l´économie de l'intérieur. Un exemple de cela est le développement de la production de vin. Avec les Italiens, les Français ont apporté leur expérience et ont planté les premières souches de vignes et étaient parmi les premiers producteurs de vin en Cuyo.

Blas Dhers et Marcelino Riviere, provenant de la région du Béarn, France, ont installé à Azul les deux premiers moulins de la province de Buenos Aires en 1852.

Les deux moulins ont notamment stimulé la production du blé dans cette zone. Autour de 1880, sont venus de Duffort, France trois frères, fils d'Etienne Cauhépé et Justiniana Lavent. Leur soeur est restée en France avec leurs parents et plus tard s’est marié avec M. Abadie. Un de ses fils était Joseph Abadie que mes parents ont connu dans leur maison d'Agen, dans le département de Mirande, France en 1980. Les fils d´Etienne et Justiniana s’appelaient: Abel, Beltrán et José...(2).

Doc

À son arrivée à Azul, Abel Cauhépé se loge et travaille dans les moulins de Dhers-Riviere. Plus tard il fondera une entreprise de pompes funèbres. Abel s’est marié le 10 septembre 1888, à 26 ans avec Rosalía ou Susana Cousté, une française de 18 ans, fille du Pedro Cousté et María Serré. De ce mariage naissent cinq fils: José Marcelino, Abel Pedro, Justo Miguel - mon grand-père -, Luis Esteban et un autre Luis qui est mort à 8 ans. En 1960 Justo Miguel -celui qui continuera avec les pompes funèbres- achète avec d'autres partenaires, le Moulin Dhers pour fonder une industrie de corbeille à papier dont il deviendra le président.

Un autre Français, Lucien Fortabat, est arrivé en Argentine en 1872. Après avoir dirigé l'école française de la Communauté et intégré la direction d'une des premières banques privées de la province de Bunos Aires, s'est fait fermier et un des plus importants de la zone. Son fils Alfredo Fortabat a fondé en 1928 en Olavarría l'établissement Loma Negra («Colline Noire») consacré à la production de ciment. Aujourd'hui sa veuve est la femme la plus riche d´Argentine  et probablement d'Amérique latine. Entre ses activités on peut nommer la promotion des arts et la culture et la philanthropie.

Les Français et la culture argentine

Amadeo Jacques est né à Paris en 1813 et décédé à Buenos Aires en 1865. Docteur ès Lettres de la Sorbonne, Licenciée en Sciences Naturelles à l'Université de Paris. Jacques a été Directeur de deux collèges très importants du pays, le Collège de San Miguel de Tucuman et plus tard, recteur du Collège National de Buenos Aires. Dans cette fonction il a transformé l'enseignement, en introduisant des nouvelles idéesscientifiques en provenance de l'Europe et il a projeté l'éducation primaire, secondaire et universitaire.

 Au décès de Carlos Gardel - celui qui a rendu célèbre le tango - on a connu son vrai nom, Charles Romuald Gardes. Ainsi on a également connu son lieu de naissance. Son baptême a eu lieu à Toulouse et son acte de naissance correspond à l'Hôpital de la Grève (3).

 D'autre part, Enrique Cadícamo écrit "Madame Ivonnee»:

«...Era la papusa[b] del Barrio Latino/ que supo a los puntos del verso inspirar.../ pero fue que un día llegó un argentino/ y a la francesita[c] la hizo suspirar.//Madame Ivonne,/ la «cruz del sur»[d] fue como un signo.../ Madame Ivonne,/ fue como el sino de tu suerte.../ Alondra gris,/ tu dolor me conmueve;/ tu pena es de nieve/ Madame Ivonne". 

D’autres tangos qui évoquent la France sont: "Anclao en Paris", "Callecitas de Montmartre", "La que murió en Paris", "Francia", Francesita, etc. Il convient de mentionner, qu´en principe la "société" porteña[e] a rejeté le tango. La diffusion du tango a commencé à Paris. C’est alors que le tango a été accepté en Argentine par l'intermédiaire de la France. La France était à cette époque pour la société porteña la consécration sociale. Le tango était á la mode à Paris, par conséquent il a été à la mode dans les salons de Buenos Aires. De même, le tango consacré à Paris a été adopté dans le reste du monde principalement  en Europe, aux Etats-Unis et jusqu'au Japon (4).

Dans son livre «Adán Buenosayres», Leopoldo Marechal écrit comment "trois personnages parlent de la nationalité des rufianes[f]. Un personnage affirme:

-"¡Esos caften[g] son marselleses! (...) y juró que los había visto a montones en las casas del ramo[h], con sus galeritas[i] melón, sus bigotes mediterráneos y sus pesadas cadenas de oro". (5). 

De même, dans un de ses histoires Manuel Mujica Láinez immortalise un personnage français, Monsieur Benoit dans l'histoire "le perron de marbre (1852)" dans son livre d'histoires de «Buenos Aires Mystérieuse» (6).

Pour sa part, dans des histoires infantiles María Elena Walsh fait référence à Paris dans au moins deux livres: "Tutú marambá" et "Histoires pour regarder" spécifiquement dans ses chansons: Manuelita la tortue, la Chanson d´éternuement, les chats de Paris et les Rues de Paris (7). 

En poésie, Alfredo Bufano écrit le poème "Dans le jour de la récolte des fruits" où il chante sur l'immigration française:  

"Salud, hijos de las Galias gloriosas/ que sabéis abrir surcos y leer a Ronsard,/ hijos de aquella tierra que oyó la voz de Hugo/ y que derrama pródiga su vasta claridad./ ¡Salud, hijos del Arco de Triunfo, hijos magníficos/ de la sabiduría y de la libertad ¡" (8).

[a] herbe dont on prépare le maté (infusion).

[b] Voix lunfarda : très jolie

[c] Petite française

[d] Constellation

[e] de Buenos Aires

[f] Hommes sans honneur

[g] Voix lunfarda: propriétaire d'un bordel

 [h] dans d'autres bordels

[i] petites chapeaux en forme de gobelet arrondi

Bibliographie

1.  Peyret, Alejo: "Memoria de la colonia", en González Rouco, María

2Cauhépé, Miguel A., Entretién, 2005

3. Apicella, Mauro: "La ‘verdad histórica’ del Zorzal Criollo", en La Nación, Buenos Aires, 28 de septiembre de 2003.

4Himschoot, Oscar B., Entrevista al Director del "Club de Tango", artículo publicado originariamente en  Alliance Français de Buenos Aires

5 Marechal, Leopoldo: Adán Buenosayres. Buenos Aires, Sudamericana, 1984.

6. Mujica Láinez, Manuel: Misteriosa Buenos Aires. Buenos Aires, Sudamericana, 1977.

7. Walsh, María Elena, Tutú Marambá, 1960 y Canciones para mirar, Alfaguara, 2000

8. Bufano, Alfredo: "En el día de la recolección de los frutos", en Para todos los hombres del mundo que quieran habitar el suelo argentino. Buenos Aires, Clarín.




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